Depuis toujours, je sais que je suis une rebelle, une anticonformiste.

J’ai mieux compris mon rapport à la conformité, ou plutôt à la non-conformité,  en découvrant mon excellence avec Joël Guillon il y a maintenant 3 ans, puis en découvrant mon fonctionnement neurologique atypique en juillet 2016. Depuis, certains souvenirs « remontent » à ma conscience comme de petites bulles légères et insouciantes.  

Je vais vous raconter un souvenir qui je crois a marqué pour la 1ère fois mon « ouverture » à l’anticonformisme. Ce jour-là j’ai pris conscience qu’il était possible de remettre en question les conventions, que nous pouvions questionner tout ce que nous faisions, pensions et étions, que je pouvais être libre de choisir, que tout était possible. Et cela a été incroyablement exaltant pour moi (et l’est toujours) ! 

Tout ça à partir d’une (simple) crêpe … L’anticonformisme de la crêpe : quoi de plus « normal » pour une bretonne ? 😉

© Cécile Bonnet

Trébeurden : (magnifique) berceau anticonformiste de mon enfance

Je suis née à Lannion, en Bretagne Nord. Avant qu’elles ne deviennent « les Côtes d’Armor », mes terres s’appelaient « Les Côtes du Nord ». Mais il faut croire que les bretons du nord aiment se rappeler qu’il y a encore plus au nord qu’eux 😉 Il faut surtout rappeler la pénible attractivité touristique de la région en raison de son climat (ou plutôt des croyances sur son climat !). Pourtant là où j’habitais, à Trébeurden précisément, sur la merveilleuse côte de granit rose, ma plage est au sud ! En voilà un 1er paradoxe 😉

Nous habitions une petite maison au-dessus de la plage de Pors Mabo, après la Pointe de Bihit. Une plage gorgée de soleil et abritée des vents. Je n’avais même pas 6 ans et je m’échappais de la maison pour m’y rendre seule à pieds et m’emplir de cette plage par tous mes sens. Ce lieu me rendait déjà tellement vivante. Je me dis qu’aujourd’hui, on ne laisserait probablement pas une enfant du même âge prendre cette liberté et je remercie alors mes parents d’avoir laisser de l’espace à la mienne !

La maison n’était pas très grande, située dans une petite rue calme (grande et large dans mes souvenirs !). Le jardin avait pour horizon la mer et une lumière étincelante domine mes souvenirs. Je n’en ai aucun avec la pluie. Toujours un soleil d’été, une brise légère iodée et mon sentiment de légèreté et de liberté.

© Cécile Bonnet

Ma merveilleuse voisine atypique

J’ai très peu de souvenirs de personnes qui m’ont marquée. Je ne suis jamais retournée voir mes profs ou des chefs appréciés (il y en a peu mais il y en a eu). Alors pensez bien que ceux dont je me rappelle ont fait une sacrée différence dans ma vie !

Mme Le F était notre voisine. Elle était seule. Je crois qu’elle était veuve. Elle était assez âgée pour avoir une blouse et des cheveux gris (mais pour une enfant de moins de 6 ans un adulte est très vite vieux de toute façon). J’aimais beaucoup cette femme : j’aimais sa personnalité et son caractère, elle dégageait pour moi de la force et de l’indépendance. Elle disait facilement ce qu’elle pensait, elle était directe et simple et surtout je la trouvais gentille derrière son abord un peu rustre. Elle avait le coeur sur la main. Elle aimait les enfants. Quand nous faisions du bruit dans le jardin, elle disait à ma mère qui s’en excusait « Mais que c’est bon d’entendre des cris d’enfants ! Les enfants sont faits pour bouger et crier, laissez-les donc, ils mettent de la vie ! ». Elle aussi me laissait ma liberté, je l’aimais pour cela sûrement. Quand je ne descendais pas à la plage, je me rendais chez elle pour prendre le goûter. 

Je pense que je l’aimais car elle m’avait apprivoisée comme je l’avais apprivoisée.

Elle avait un fils : Benoît. Il était plus âgé que moi mais je ne me souviens plus de son âge précisément. Peut-être avait-il 10 ans ou 12 ou plus ? 

J’admirais Benoît avec respect et crainte comme une « petite » envers un » beaucoup plus grand », tout en appréciant sa gentillesse et l’attention dont il faisait preuve à mon égard. Je ne me souviens pas en être amoureuse je l’aimais plutôt comme un grand frère.

Comment une crêpe peut rendre libre ?

Ce jour là, j’étais chez Mme Le F pour le goûter avec son fils, devant un chocolat chaud et des crêpes bretonnes.

(Crédits photos : Cécile Bonnet – remerciements à Pierrick T., extra ordinaire maître crêpier !)

anticonformisme

© Cécile Bonnet

Je vois Benoît beurrer la sienne consciencieusement, la plier en 2 une 1ère fois puis une 2ème fois, pour arriver à une forme triangulaire étroite, « classique » du pliage d’une crêpe, qui facilite sa dégustation (surtout avec les mains). Et au moment de la tremper dans son bol, alors que la convention aurait voulu qu’il entame sa crêpe par la pointe, il a commencé par le côté opposé le plus large, la « robe » de la crêpe, autrement dit pour moi le « bas » de la crêpe. J’étais à la fois médusée et émerveillée !

Je me souviens très bien de ce moment : je me suis sentie foudroyée par la révélation qu’il était possible de « faire autrement ». La rebelle en moi a bondi de joie, ma soif de liberté a pris une grosse bouffée d’air.

Je venais de prendre conscience que nous étions libres de faire comme nous voulions (du moment que cela ne portait pas atteinte à autrui) ! Nous avions la possibilité de sortir du cadre, des conventions, des habitudes, de la norme et c’était ok !

Je n’ai pas pu m’empêcher de demander à Benoît pourquoi il mangeait sa crêpe de cette façon. Il m’a alors répondu calmement : « je garde le meilleur pour la fin ». Cela m’a semblé tellement « logique », sensé !! Le détachement avec lequel il m’a répondu m’a bouleversée. Son acte n’exprimait pas une « rébellion », il ne se voulait pas original, il ne cherchait pas non plus à me choquer (mais il l’a fait !) ou à se rendre intéressant, il n’y avait rien de « réactionnaire » dans tout ça. Non il avait juste envie de suivre ses propres envies et règles …

… c’était tout …

… et pour moi c’était tout simplement merveilleux !

Merci à mes racines dans lesquelles je puise encore aujourd’hui mon essence, mon anticonformisme.

Je profite de cet article pour rendre également hommage à mes parents et à toutes les personnes qui m’ont inspiré l’extra-ordinaire dans mon ordinaire.

Très Bonne Année à tous de MerveilleuX (et de gourmandiseS) !

© Cécile Bonnet

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